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Il faut que je vous parle d’un truc terrible. Je m’inquiète un peu pour Paris. Ses fêtes, ses personnages trendy, ses folies. Plus précisément, ceux qui en parlent dans des livres.
Récemment, nos amis les écrivains fous, les hypeux, les plumes noctambules au nez rougi, semblent s’être furieusement fragilisés. Au point d’avoir besoin de se calmer. Plus clairement, de lâcher leurs personnages tarés, leurs alter-egos dingos, ceux qui ont fait leur succès, pour passer dans le confessionnal. A poil, sans vernis, sans déguisement, ils se livrent, se couchent en rond, se donnent à nous pour qu’on caresse doucement leurs cheveux.
Flippant.
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Pourquoi cette impression ? Parce qu’en l’espace de quelques mois, trois auteurs phares du mouvement nous ont livré des oeuvres mea-culpesques, posées, dignes d’adultes mûrs, et surtout transparentes ou presque. Tout a commencé cet été, au mois d’août, autant dire en douce - quand tout le monde avait la tête au soleil.
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Frédéric Beigbeder a ouvert le bal avec son “Roman français”* : finis les alter-egos au pif enfariné, finis les extrêmes sex, drug and rock’n roll, l’enfant chéri des nuits parisiennes, de la pub et de Voici nous parlait de lui, de son enfance, de ses conneries, pour réfléchir au sens de la vie et passer du cynisme à la sensibilité maximale. Ou comment un rail de trop devant le Baron peut vous conduire dans les cachots parisiens, pour finir en introspection carabinée. Intéressant. Ce changement de ton est d’ailleurs la raison qu’il a invoquée pour refuser d’écrire la préface de mon livre à venir (un bouquin sur les Parisiens, je vous en reparlerai), et qu’il m’a expliquée gentiment une nuit de septembre au Montana : “Il y a dix ans, j’aurais dit oui. Aujourd’hui je suis passé à autre chose. Désolé”. Bon. Si c’est une excuse, elle a le mérite d’être crédible et bien tournée.
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Thomas Lélu a confirmé la tendance avec son “Parisien”**. Monsieur “Je m’appelle Jeanne Mass”, l’homme du n’importe quoi culotté, notre petit génie du “Manuel de la photo ratée”, a lui aussi changé de style. C’est bien, d’évoluer. Tout comme pour le Beigbeder, j’ai aimé ce livre où Thomas Lélu parle de sa relation impossible avec sa chérie, mais aussi et surtout de sa vie de hipster parigot, l’Usine, les clubs, Facebook, le tout assaisonné de name-dropping (ou plutôt prénom-dropping) en veux tu en voilà. Et même si ce journal intime ultra brut est - encore - un pied de nez (Lélu aime les pieds de nez et cherche toujours une nouvelle façon de se moquer de nous), il reste au fond pétri de vérité, autobiographique, cru et réel. Bizarre, donc.
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Mon troisième exemple, je ne peux pas beaucoup en parler parce qu’il sort en janvier. Mais je l’ai lu hier soir, et il confirme la tendance. Ca s’appelle “Vitamines”*** et c’est signé Nicolas Rey. Oui, vous vous souvenez, Nicolas Rey, “Mémoire courte”, “13 minutes”, “Courir à 30 ans”, tout ça. Lui aussi était un bon fou furieux, nous parlant cul, drogue, vie de jeune chien fou parisien, insupportablement contemporain, beigbedien à en être écoeuré, mais, il faut bien le dire, attachant, talentueux et joliment stylé. Et bien vous verrez, ce nouveau roman (après 5 ans d’absence) est là encore très autobiographique, plutôt mûr, assez différent de ses récits précédents. Il y a même un bébé et une rehab dedans. Je vous dis ce que j’ai le droit de dire, autrement dit le mot de l’éditeur : “Ce nouveau roman est le plus personnel et le plus intime des livres de Nicolas Rey qui se raconte ici pour la première fois, avec une sincérité qui émeut, sans aucun fard.” Sérieux, ils se sont tous donnés le mot ou quoi ?!
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Voilà pourquoi je m’interroge. En fait, ces trois romans sont bons, et heureusement que les gens évoluent, les écrivains encore plus que les autres. Je ne conteste pas le fait que la fête et les excès, ça va bien un peu. L’immobilisme et la répétition sont les ennemis de la créativité, et un artiste, quel qu’il soit, se doit bien sûr de grandir et muer. Je ne leur reproche rien. je ne fais que constater un petit courant dans la littérature branchaga française, qui, au fond soulève une sale question tout au fond de moi. Si nos écrivains branchés ont pris de la bouteille, cela signifie-t-il que nous-mêmes, lecteurs, aurions vieilli … ?
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Heureusement que des exemples me rappellent que la fête n’est pas finie. Lundi, feu le Paris Paris renaîtra enfin de ses cendres sous le nom de
Scopitone (avec Elegangz). Mardi dernier, Rasmus a lancé au Cercle sa marque de tequila (
Blitz). Bientôt, le NY Club (qui n’est plus sous la houlette d’Elegangz) va également être
relancé - par des amis à moi, des gens très très bien - sous une forme ultra festive. Bref, soyons rassurés :
contrairement à ce que chantait la Mano Negra il y a pile 20 ans, , Paris ne va pas crever d’ennui, et on lui rend constamment ses nuits blanches. A la jeune génération d’écrivains branchagos de nous le raconter. (à ce propos qui n’a rien à voir, avez-vous lu Sacha Sperling ?)
* Grasset, 18 €
** Flammarion, 18 €
*** Diable Vauvert, 17€ (parution le 5 janvier)
le 18.10.2009 à 02h06
irina
ahahahah
tout simplement genial
le 20.10.2009 à 02h03
Frédéric Beigbeder
[...] Nos écrivains branchés ont-ils (trop) mûri ? Le Blog de Caroline - PeopleRank: 2 - 17 oct. 2009 … - Frédéric Beigbeder a ouvert le bal avec son “Roman français”* : finis les alter-egos au pif enfariné, finis les extrêmes sex, drug and rock’n roll, l’enfant chéri des nuits parisiennes, de la pub et de Voici nous parlait de lui, de son… Personnes citées : Jeanne Mas Nicolas Rey Thomas Lélu Mano Negra Sacha Sperling + votez [...]