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Paris en août

Hier soir, j’avais juré de me coucher tôt. Comme le proclame un célèbre groupe Facebook, et comme je tente vainement de le promettre parfois sur ma Bible personnelle ( = un vieux plan de Paris). J’étais couchée, démaquillée, munie d’un excellent Mikhaïl Boulgakov, quand soudain quelques appels d’amis noctambules ont réussi à me faire bondir de mon lit en deux temps trois mouvements, et filer les rejoindre comme si ma vie en dépendait.

Pourquoi un tel sursaut ? Pourquoi plus que d’habitude ? Allais-je à la teuf de l’année ? Rejoindre l’homme le plus fantastique de la planète ? M’incruster à l’aftershow d’un groupe mythique ?

Absolument pas. J’allais simplement profiter de Paris en août.

Jusqu’à la lie, jusqu’à la mort.

La capitale au mois d’août a ses amoureux … et ses détracteurs. Ces derniers n’y voient que l’infâme Paris Plage (et l’absurdité de ses buvettes glauques, palmiers pourris et autres quais fermés), l’absence de leurs meilleurs potes (en vacances, les vils chiens), la difficulté de travailler correctement (chaque mail envoyé en urgence reçoit une réponse automatique d’absence), et la fermeture de leurs restaurants préférés (La Fidélité pour ne pas la nommer).

Je ne peux nier la justesse de leurs arguments. Mais, franchement, j’y vois tout autre chose.

Paris en août, c’est surtout une bulle éphémère de bonheur urbain. Ceux qui restent ici à cette époque vivent un moment unique, délicieux, à la limite de la science-fiction. D’abord parce que, Paris Plage ou pas, travaux ou non, le bitume devient soudainement vivable : les embouteillages se taisent, on file comme une flèche de jour comme de nuit, on marche au milieu de la chaussée, la pluie n’ose pas tomber trop souvent, on fait n’importe quoi à moitié à poil, et même les flics semblent en sous-effectif. Dans la rue, les concerts éclosent comme des petites roses de pavé, la mairie du 3e se la joue Rock en Seine, les écrans de ciné fleurissent de nuit, bref, Paris ne sait plus quoi faire pour retenir ses déserteurs. On passe sa vie en terrasse - au déjeuner, à l’apéro, à la brune ou au petit matin. On bronze sans faire gaffe. Même les touristes sont moins chiants : peut-être parce qu’on leur pardonne d’être là, après tout, c’est l’été, c’est les vacances, les pauvres, ils peuvent bien venir profiter de notre plus belle ville du monde.

Mais surtout, SURTOUT, en août, les Parisiens qui restent semblent monter insidieusement une communauté (soudée) de privilégiés. Bien loin de leur image de pauvres travailleurs privés de congés (qui leur permet de se faire plaindre des stupides vacanciers), ils forment en réalité une société secrète, une famille de connaisseurs, fins esthètes de l’été urbain. Entre forçats estivaux, on s’épaule, on se retrouve, on s’aime. Et on se croise partout - n’avez-vous pas remarqué à quel point l’été, on rencontre tout son répertoire à chaque coin de rue ? Ce qui permet de se tomber dans les bras avec force affection démonstrative, tels des rescapés de la Grosse Bertha, en mode “Ah toi aussi t’es ici en ce moment ? Faut absolument qu’on se fasse un truc !”

L’été, à Paris, tout le monde s’aime plus que d’habitude, tout le monde sort plus que d’habitude, une espèce de frénésie éthylique et affective envahit la capitale. Peut-être que la Mairie écoule des stocks de Neodove ou de MDMA dans l’eau courante, on ne sait pas.

En ce huitième mois de l’année, les clubs sont à leur meilleur : Baron, Chacha et autres spots sont enfin respirables, doux, plus familiers que jamais, et surtout libérés de leurs adeptes prépubères - les étudiants et lycéens fêtards étant à la plage, on se retrouve enfin entre adultes. De bonne compagnie. Des lieux éphémères naissent, comme au Palais de Tokyo. On s’y précipite. Impossible de sortir sans tomber sur des têtes connues. Les lundi, mardi soir, les boîtes donnent le meilleur d’elles-mêmes, et on leur rend la pareille. Tout est décalé, hors du temps, étrange et merveilleux. Et comme les medias, les status Facebook et l’ambiance sont aux vacances (pour les autres), on a l’impression de l’être aussi dès qu’on sort du bureau. On bosse la journée, mais on est en congés la nuit. Estivale schizophrénie. C’est exquis.

La mauvaise nouvelle, c’est qu’il n’y en a plus que deux semaines … Alors profitez-en, bon sang.

Monday 17.08.2009

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